Mission extraordinaire de Belgique au Japon · Le livre
Bruxelles – Tokyo, le tour du monde de 1934
Journal de bord consigné par Jacques de Woot de Trixhe 4 mai – 2 août 1934
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Le 17 février 1934, le roi Albert Iᵉʳ se tue à Marche-les-Dames. Pour annoncer à l’Empereur du Japon le décès de son père et son propre avènement, Léopold III dépêche une mission extraordinaire conduite par William Thys,
avec rang d’Ambassadeur. Un tour du monde par l’Ouest, en paquebot, wagon-lit et automobile.
107jours
33escales
83photographies
1tour du monde
L’itinéraire, escale par escale: Bruxelles → Tokyo → Bruxelles, par l’Ouest.
Le livre
Préface
Le 17 février 1934, le roi Albert Ier est mort accidentellement, d’une chute alors qu’il escaladait un rocher à Marche-les-Dames.
Cet événement tragique a profondément bouleversé la Belgique.
Léopold III décida d'envoyer une délégation en mission extraordinaire, pour annoncer à l’empereur du Japon le décès du roi Albert Ier, son père, et son propre avènement.
William Thys (1886-1935), qui était à l’époque vice-président et administrateur-délégué de la Banque de Bruxelles et de la Brufina, et Régent de la Banque Nationale, a été nommé en tant qu’ambassadeur extraordinaire à la tête de cette mission diplomatique. Ce voyage hors normes a duré trois mois : partie de Bruxelles le 4 mai 1934, en train jusque Paris puis Cherbourg, ensuite et en bateau, la délégation est rentrée en Belgique le 2 août de la même année, soit un voyage de cent et sept jours !
Un des participants a tenu un « journal de voyage » qui relate les mille anecdotes de ce voyage, où nous découvrons la personnalité de William Thys et son extraordinaire don d’animateur de croisière ! Sa fille Louise a eu la chance de l’accompagner ; elle a fêté ses 20 ans pendant le voyage dont elle a gardé un merveilleux souvenir.
Les pages qui suivent sont la retranscription de ce récit de 1934, consigné par un des participants Jacques de Woot. Stéphane de Potter d'Indoye en a une copie ancienne que j'ai retranscrite et mise en page.
Chef de la mission, avec rang d’Ambassadeur. Il décèdera en pleine force de l'âge, un an après le retour en Belgique
Madame William Thys
22 novembre 1887 – 10 mars 1947 née Emma Domken
Louise Thys, « Louisette »
18 juin 1914 – 28 novembre 2001
La "Louisette" du journal, fille de William & Emma; elle fêtera ses vingt ans à Mukden, au champagne, à minuit. Elle épousera Alain de Roubaix 8 ans plus tard.
Comte Henri d’Hanins de Moerkerke
26 octobre 1881 – 18 mai 1963
Lui et son épouse quitteront la mission à Tien-Tsin, le 22 juin.
Comtesse Henri d’Hanins de Moerkerke
14 septembre 1902 – 17 novembre 1989 née Marie Le Boeuf
La « Marie » du journal, fille de Henry Le Boeuf, financier et mécène des Beaux-Arts de Bruxelles, et nièce de William Thys. Ce même Henry Le Boeuf invitera la délégation à dîner à Paris le soir du premier jour.
Baron Jacques de Woot de Trixhe
20 septembre 1895 – 29 juillet 1945
L’auteur de ce journal, époux de Simone Terlinden (29 avril 1904 – 14 mai 1990). Modestement, il ne signe pas et il faut être attentif à la lecture pour comprendre qu'il est l'auteur. Il est le frère de Hélène de Woot de Trixhe, épouse de Albert de Bassompierre, l'ambassadeur belge en poste à Tokyo.
Baron Thierri d’Huart
28 mars 1906 – 16 janvier 2002
Lui et son épouse quitteront la mission à Miyajima, le 15 juin.
Baronne Thierri d’Huart
née Marie-Louise de Fierlant Dormer · 18 février 1913 – 10 novembre 2002
La « Marylou » du journal.
M. J.-M. Roelandts, « Bubu »
Rejoint la mission en rade de Yokohama, le 31 mai.
Dactylographié en 1934
Le carnet original
Les cinq premiers feuillets du carnet, tapé à la machine au retour du voyage, réliés et offert aux participants. Deux exemplaires de cet ouvrage nous sont connus. Cliquez sur une page pour la lire.
Extrait · chapitre premier
I
Le départ — Europe
4 – 5 mai 1934
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Le Pullman de 16 h 10 quitte Bruxelles sous les adieux de la foule des grands jours. Paris, un dîner à l’Hôtel du Prince de Galles, puis Cherbourg, où attend le « Berengaria », 52 000 tonnes.
Vendredi 4 mai
Bruxelles · Paris
Le 4 mai 1934, nous sommes partis de Bruxelles par le Pullman de 16.10 h.
La mission se composait de : William Thys avec rang d’Ambassadeur, accompagné de sa femme et de sa fille – le Comte de Moerkerke et sa femme – le Baron de Woot – le Baron T. d’Huart et sa femme – JM. Roelandts qui est au Japon et se joindra à la mission.
Sur le quai, la foule des grands jours ; l’Ambassadeur du Japon et de nombreux membres des familles des partants.
Le fils de Thys nous accompagne jusqu’à Cherbourg mais en raison de son 3ème examen de mines, à passer en juin, il ne peut nous accompagner au Japon.
Tous, nous paraissons émus au moment du départ, nous laissons chacun à la maison plus ou moins d’enfants, Mme d’Huart laisse un bébé de 3 mois !
A l’heure exacte nous arrivons à Paris et là, une première surprise agréable nous attend. Cook – qui s’occupe du détail de notre voyage – a envoyé un fort contingent de son état-major. Malgré nos dix-huit malles et les vingt-deux colis à main qui composent notre bagage, nous sortons « les mains en poche » vers les somptueuses autos qui nous attendent, pour nous conduire à l’Hôtel Meurice. Chambres parfaites – hôtel fort confortable.
A 8 ½ h., invités par M. Leboeuf, nous dînons à l’Hôtel du Prince de Galles – excellent dîner très gai dans un cadre charmant. A la table à côté de la nôtre dinait le Prince de Kapurthala avec sa femme, une créature exquise de dix-neuf – vingt ans.
M. Leboeuf nous annonce pendant le dîner que pendant notre séjour en Extrême-Orient, nous serons reçus par ses différents Directeurs qui se mettront à notre disposition avec leurs autos pour nous montrer toutes les choses intéressantes dans les régions où nous ferons escale ; un homme charmant, élégant, fort jeune encore malgré ses soixante ans.
Après le dîner, il me dit qu’Albert de Bassompierre voudrait qu’il pousse l’activité du Crédit d’Extrême-Orient jusqu’au Japon. Il ne le fera pas tant qu’il n’y aura pas de juges au Japon. Il me raconte la mésaventure qui lui est arrivée avec les Verreries d’Osaka ; les Japonais n’ayant pas payé le solde dû après la construction des usines et la Société n’ayant jamais pu faire valoir sa créance. Il me dit qu’après une « frotte » (sic) comme celle-là, il ne peut ni ne veut envisager dans ce pays des affaires à longue haleine.
Après le dîner, Mme Foulk (ex Melle Allard) vient boire une tasse de café avec nous ; elle est très gaie, parle chevaux avec autant de compétence que Moerkerke.
Nous rentrons à pied, il y a peu de monde à Paris où il fait calme. Les gens aux Champs Elysées flânent comme en plein été. L’obélisque et les fontaines sont ravissamment éclairés. Après « une dernière bière » chez notre chef de mission, nous nous séparons.
NDLR: "Monsieur Leboeuf" dans le texte est Henry Le Boeuf, père de Marie d'Hanins de Moerkerke, et beau-frère de William Thys. La grande salle du Palais des Beaux Arts de Bruxelles porte son nom.
Albert de Bassompierre est l'époux d'Hélène de Woot de Trixhe, beau frère de Jacques et premier ambassadeur belge au Japon. Il y sera en poste de 1921 à février 1939.
Samedi 5 mai
Paris → Cherbourg — le « Berengaria »
A 7 ½ h., je suis réveillé par Sonolet qui me parlera bois pour la dernière fois jusqu’au mois d’août. Quelques courses et à 11.50 h, nous partons de St Lazarre.
Sur le quai : Ghislaine qui me remet un cadeau pour Hélène – Snoy et sa femme, Paule Orban et son mari, Marcelle de Tornaco.
Pullman de « Berangaria » - nous filons à toute allure vers Cherbourg – Caen Lizieux, etc. voyage varié et pittoresque à travers le Calvados et la Normandie. A chaque instant un coin de ces provinces si abondamment fleuries par les pommiers nous arrache des cris d’admiration. A Lizieux la nouvelle cathédrale est en bonne voie, elle sera grande et belle.
A Cherbourg, nous débarquons dans la nouvelle gare maritime qui se différencie de tous les autres bâtiments réservés au même usage, par une architecture un peu hardie, peut-être, mais qui a néanmoins réussi à en faire une fort belle chose, ce qui est rare pour une gare.
Le Directeur de l’Agence Cook à New York voyage avec nous ; c’est un homme charmant qui se nomme Marines. Il nous garantit les mêmes facilités pendant tout le voyage… quelle organisation !
Le « Berangaria » 52.000 tonnes venant de Southampton est attendu pour six heures ; il ne vient pas à quai, nous irons le rejoindre en rade sur un « tender boat » ; cette perspective n’a pas l’air de réjouir les dames qui ont une certaine appréhension à cet embarquement en mer. Elles ne semblent d’ailleurs aucune bien pressée de prendre contact avec l’élément flottant.
En rade trois navires de guerre et quelques cargos. Ce grand port est aussi vide que bien d’autres et ces kilomètres de quais inutilisés semblent bien lugubres. Un gai soleil heureusement rachète cette triste impression de chômage, misère, etc.…
Nous allons vers le luxe et la vie facile pendant quelques mois.
Trois coups de sirène et à six heures notre remorqueur nous amène vers notre transat, qui, majestueux avec ses trois cheminées rouges et noires, nous attend au loin.
NDLR: "Ghislaine" dans le texte est fort probablement Ghislaine de Bassompierre, fille d'Albert & Hélène de Bassompierre, et nièce de Jacques de Woot de Trixhe; SNOY et sa femme ne sont pas identifiables avec certitude; Paule Orban est probablement Paule Guinotte, épouse de Yvan Orban; Marcelle de Tornaco est l'épouse de Raymond de Tornaco, née Marcelle Balisaux
Ce premier voyage se passe sans incident. Personne ne s’est trouvé malade et à 6 ½ h. nous embarquons, reçus par l’officier du personnel. Le premier établissement ne se fait pas sans quelques difficultés. Thys et Moerkerke ayant des cabines « intérieures » manqueront d’air et chacun s’efforce de leur trouver les logements qui auront un hublot donnant sur le large. Une cabine est vide au pont C, Moerkerke s’y installe et Mariner offre à Thys sa propre cabine qu’il avait retenue depuis six semaines. C’est un très chic type.
A 8 ½ h., nous allons dîner ; nous avons une table au centre de la salle à manger ; elle est couverte de fleurs et un milieu de table avec nos trois couleurs nationales, nous rappelle et Bruxelles et le but de notre voyage… Vive le Roi ! Un orchestre termine le concerto de Mozart dans une scène entourée de fleurs naturelles ; des oiseaux chantent gaiment dans de grandes cages suspendues au plafond, et comble de joie, nous sommes servis par un… Verviétois (le seul membre du personnel de bord qui en soit pas anglais). Mme Thys lui demande s’il connaît la famille Domken – il en a entendu parler… ce sera un ami ! Après le dîner, léger drink à la salle de danse où il y a un très bon jazz de huit musiciens. A part un couple, personne ne danse encore.
Avant de nous retirer, je demande au Verviétois s’il y a une messe ; il me répond : il y en a deux, la première catholique à 9 h., la seconde à 11 h. est « conduite » par le capitaine du bateau qui « se sert » de la religion anglicane.
Ma cabine est charmante, joliment tapissée avec un papier verte tendre et très confortable ; grand lavabo avec eau courante, lit anglais, grande armoire, table, fauteuil w.c. Des petits perfectionnements amusants, la lumière qui s’allume quand on ouvre l’armoire, etc. Moerkerke qui n’a plus voyagé en mer depuis vingt-sept ans trouve que le confort sur les bateaux a fait beaucoup de progrès ; il arpente le pont à grandes enjambées raides ; il a l’air parfaitement heureux.
Le vent se lève, le bateau roule un peu ; les dames supportent encore le mouvement, mais il ne devrait pas s’accentuer.
… la suite au chapitre II
Le journal continue sur trente-deux escales : la traversée de l’Atlantique sur le « Berengaria », New York, Chicago et les Rocheuses, le Pacifique, la réception à Tokyo par l’Empereur, la Mandchourie, Pékin, Saïgon et le retour par Suez. Cent sept jours et quatre-vingt-trois photographies d’époque.
Bruxelles – Tokyo, le tour du monde en 107 jours. 1934Journal de bord du baron Jacques de Woot de Trixhe
Parution en préparation
Nous travaillons d’arrache-pied à vous proposer, la transcription intégrale du journal de bord; du départ de Bruxelles le 4 mai 1934 au retour à Paris le 2 août; dans une édition illustrée des quatre-vingt-trois photographies d’époque de la collection familiale et d’une carte de l’itinéraire. Préface de Nadine de Roubaix. vous pourrez la commander très bientôt.
ÉditionÉditions Grammy, 2026
FormatLivre imprimé, 78 pages
Illustrations83 photographies · 1 carte
ImpressionÀ la demande, chez Lulu — disponibilité annoncée par e-mail
Laissez-nous votre adresse e-mail : nous ne manquerons pas de vous prévenir dès que le livre sera disponible sur lulu.com. Votre adresse ne servira qu’à cela.